L’élection de François Hollande en mai dernier fut une bonne surprise. La confirmation par une majorité de députés socialistes une confirmation. Le sillon qu’avait emprunté le candidat, tracé déjà en 1981 par François Mitterrand me semblait le bon. Si nous ne pouvions pas promettre l’impossible économiquement, socialement et culturellement nous étions en position de faire évoluer la société française.
Cumul des mandats, mariage pour tous, droit de vote des étrangers, politique sur l’immigration, autant de points qui s’ils ne changent pas visiblement a priori la vie quotidienne des français concourent à une évolution positive et progressiste de la vie en République.
Autant il me semble difficile d’adresser des critiques fortes concernant le traité européen, insatisfaisant par nature, mais dont par ailleurs on sait qu’il n’existe guère d’issues qui ne remettraient pas en cause l’Euro et qu’on le veuille où non le bouclier monétaire qu’il représente, autant il paraît présomptueux d’attendre qu’en quelques semaines soient réglées la question économique, et celle de la crise financière, sauf à considérer que le repli sur soi constitue une solution viable, et meilleure pour l’emploi et le niveau de vie ce que je ne partage pas, autant sur les questions sociétales la position progressiste et humaniste des socialistes en général a toujours fait partie de l’ADN de base.
Le droit de vote des étrangers aux élections locales
Il me semble plus difficile de faire avaler certaines couleuvres, dont la dernière en date concerne le droit de vote des étrangers aux élections locales. Avaler mon chapeau, mon drapeau est un sport que je ne pratique pas. Cette promesse déjà faite en 1981, reprise par François Hollande sans équivoque, est suffisamment précise et encadrée pour que cette fois l’on ne recule pas. Merci donc aux 77 députés du Parti Socialiste qui ont signé cette tribune dans le Monde à l’heure ou je vous parle (Lire ici l’appel des députés PS). Et je regrette la déclaration de Manuel Valls, concernant le manque de revendication « forte » de la société à ce sujet. La question du Front national ne peut devenir une boussole concernant l’action des socialistes au pouvoir, bien au contraire.
Le mariage pour tous
Si de ce point de vue l’engagement est en passe d’être tenu (du moins aux dernières nouvelles), certains courants de la société s’apprêtent à nous refaire le coup de l’école « libre » en 82 au moment de la Loi Savary. Que signifie ce mélange entre religion, et laïcité ? Le mariage républicain que je sache n’est pas une célébration à l’hétérosexualité, mais si je me réfère à mes cours (anciens) de droit civil, ni plus ni moins un contrat de droit civil.
Je passe sur les déclarations à proprement parler délirantes de Monseigneur Barbarin allant jusqu’à évoquer le droit à l’inceste. Pudiquement nous jetterons un voile donc sur la pédophilie. Et comme le disait un ami « après tout jusqu’à présent les homosexuels sont en majorité issus de mariages hétérosexuels ». À force de ne pas prendre les choses pour ce qu’elles sont, c’est à dire un curieux mélange des genres plutôt nauséabond on récolte un débat tronqué et biaisé. Ainsi de M. Le Maire (Bruno) qui réclame un referendum sur ce sujet, ralliant la très progressiste Christine Boutin, cela ne nous éclaire -t-il pas sur la stratégie suivie en face ?
Politique de l’immigration
Après l’abrogation de l’absurde circulaire Guéant concernant les étrangers étudiant en France, nous pouvions songer qu’un changement de cap heureux s’installait. Malheureusement les expulsions des camps de « Roms » se sont depuis succédés à un rythme industriel sans que soient mises en place des solutions de relogement alors même qu’il est juste de dire que les conditions de vie dans ces camps étaient proprement indignes. On en vint quand même à élargir le droit à l’emploi des Roms en se rendant compte que par la loi française ils étaient exclus de fait de catégories d’emplois ce qui rend évidemment plus difficile une quelconque insertion.
Plus que tout cela c’est la précipitation avec laquelle cette vague d’expulsions est intervenue qui soulève question. À quelles fins ? Pourquoi si vite ? Je n’oserais croire ce que me dit mon petit doigt, qu’il s’agit d’occuper l’aile droite, et éviter ainsi une montée des extrêmes sans se préoccuper outre mesure finalement de la mise en place d’une vraie politique en la matière.
Cumul des mandats
On atteint là à un sommet de l’hypocrisie, et à un festival de déclarations contradictoires, et plus que souvent peu fondées sur la réalité des faits. Martine Aubry fit voter par acclamations en 2009 une réforme statutaire au sein du Parti socialiste, plus que largement approuvée. À l’époque les voix qui firent remarquer la difficulté (réelle) de l’exercice alors même que la loi n’en demandait pas tant furent peu nombreuses. Lors de la campagne des Présidentielles le futur Président de la République reprit ce thème, laissant au moins dans la forme de son expression entrevoir des décisions rapides sur ce thème.
Mais c’était sous-estimer (où compter sur ?) la résistance des grands élus locaux : François Rebsamen, Gérard Collomb, et d’autres ont rapidement embrayé sur les déclarations du style « je n’ai rien signé », « cela ne me concerne pas », foulant aux pieds et le Parti socialiste et ses statuts, et la lettre de Martine Aubry qui leur a été envoyé récemment, et les déclarations de campagne de François Hollande.
Le hic c’est qu’à tort où à raison notre électorat (et celui d’Europe Ecologie Les Verts) sont les plus attachés à cette réforme. Le hic c’est que cela met à mal la crédibilité du Parti Socialiste pourtant à un bon niveau dans les sondages. Le hic c’est que cela va à l’encontre de la vision « socialiste » du mandat électoral qui appartient non pas à une personne, mais est détenu au nom de la formation politique qui l’a fait élire.
Le changement c’est maintenant
Plus que des promesses que nous n’avons pas faites, compte tenu du contexte de crise, nous sommes face à un hold-up des valeurs, des valeurs participant à l’identité socialiste depuis suffisamment longtemps pourtant sans qu’il soit besoin d’ouvrir un débat particulier en la matière.
Il faut prendre garde à cette dérive que rien n’impose sur ces terrains sur lesquels nous n’avons à attendre aucun bénéfice particulier d’un compromis non écrit (où pas…).
Prenons garde à cet étouffement de l’identité même de nos valeurs politiques, je reste persuadé que ce que Marx appelait la lutte contre les idées dominantes est plus que jamais d’actualité, et qu’il revient à la gauche, de lutter contre celles-ci. Cette lutte idéologique dans un contexte de crise a une réelle importance et doit être soutenue faute de quoi les repères idéologiques, en d’autres termes l’identité politique de notre électorat en serait ébranlé.
Il est urgent d’en revenir aux fondamentaux, à ceux qui font gagner la Gauche, et il ne s’agit pas uniquement de pouvoir d’achat, ou de lutte contre l’insécurité, mais aussi cette organisation du Monde autour de la Justice et de la Solidarité, nos valeurs, celles par lesquelles nous sommes avant tout des socialistes.




